Courage 2026!

FRANÇAIS

Caravan of LUV - HEALING HATE- euro-scene/Oper Leipzig 2025

Chères amies, chers amis,

Je vous écris depuis cet entre-deux où l’art prend forme : un lieu à la fois laboratoire, confessionnal et cuisine d’alchimiste. Oui, trois moitiés. Mais celui qui ne malmène pas un peu la géométrie sur scène ne l’a sans doute pas encore comprise.

Depuis des années, j’essaie de déplacer la réalité d’un infime pas de côté. Juste assez pour qu’elle se retourne, légèrement troublée, et murmure : « Un instant… qu’est-ce qui vient de se passer ? »
C’est là, précisément, qu’elle commence à vivre.

Malgré la violence et l’absurdité du monde, j’aimerais vous inviter à accepter d’être dérangés.
Non pas dans une agitation permanente.
Non pas dans une boucle d’indignation algorithmique comme celle qui traverse la presse quotidienne.
Mais dans une forme plus discrète et plus risquée de séduction de la pensée. Un léger faux pas intérieur qui nous réveille.

Nous avançons aujourd’hui dans des certitudes qui se déguisent en lois naturelles. L’art vivant, notre ancienne et précieuse complice, réhabilite l’erreur. Il nous autorise à nous tromper. Avec dignité. Debout. Sans honte.

Søren Kierkegaard écrivait déjà que la vérité habite le paradoxe. J’aimerais ajouter qu’elle demande aussi la capacité d’accepter, pour un instant, d’être un peu ridicule. Sans ce courage, elle se fige en posture.

Je ne parle pas ici de campagnes morales par procuration ni d’acrobaties idéologiques ironiques. Ni de discours portés comme des accessoires. Ni de bonnes consciences de façade pour carrières ironiques. Ni de pseudo-marxismes dogmatiques qui se citent eux-mêmes.
L’art n’est pas un alibi moral.
Il est une prise de risque.

J’aimerais que l’irritation féconde retrouve sa place naturelle : dans l’art, dans la littérature, sur la scène. La politique s’en est depuis longtemps emparée et la porte comme une arme dissimulée. Peut-être est-il temps de lui reprendre cet outil.

Lorsque la politique joue à l’art, qu’elle se parodie elle-même et ironise ses propres violences, tout devient théâtre. Et nous contraint, nous artistes, à entrer dans une forme de farce réaliste permanente. Il n’en a pas toujours été ainsi.

Le Dictateur de Chaplin n’était si puissant que parce que la politique n’avait pas encore appris à manier elle-même l’irritation comique. Aujourd’hui, elle gouverne souvent sous forme de farce. Dans l’art, pourtant, l’irritation peut rester autre chose : un remède. Un exercice du regard. Un espace où la complexité n’est pas réduite mais accueillie.

Même à l’ère hypernumérique, il nous faut en rester conscients, vigilants, reliés et ouverts au monde.

L’internationalisme n’est pas un luxe nostalgique. C’est une nécessité culturelle, surtout dans des sociétés qui commencent à se fragmenter. L’art a toujours été vivant lorsqu’il traversait les frontières : esthétiques, linguistiques, politiques et humaines.

Requiem für Alice  –  für Streichquartett, Bassposaune und Politikerin. E.Rediger, Animation Michael von zu Mühlen

OH FAITH – Vereint im Zweifel – Premiere 27.März 2026. Residenz Schauspiel

Gesangsbuch zu OH FAITH – einem Abend über die älteste Gemeinde der Menschheit: den Zweifler.

Gesangsbuch zu OH FAITH – einem Abend über die älteste Gemeinde der Menschheit: den Zweifler.

 

Une nouvelle incertitude s’annonce aussi. Celle d’une réalité devenue à nouveau liminale. Lorsque l’intelligence artificielle, dans sa patience froide, commence à devenir notre miroir sacré, peut-être même notre divinité projetée, l’art ne devrait pas se taire. Il devrait sourire et poser ses questions plus fort. Ou en chœur. Ou à l’Eurovision.

Je crois à cette secousse féconde. Olga Tokarczuk écrit que nous ne comprenons le monde qu’en apprenant à habiter ses fractures. Artaud voulait effrayer l’ordre. J’y vois un tremblement de terre tendre. Une fissure par laquelle la lumière entre et d’où s’échappe parfois un rire indécent.

Une chose demeure essentielle. La comédie ne doit pas devenir le masque poli de l’autoritarisme. Le rire appartient aux désobéissants. Aux chercheurs. Aux douteurs.

Notre travail, et sans doute votre raison de lire ces lignes, fait partie d’une expérience sans garde-fou. Nous lançons des pensées, des formes, des tentatives dans le monde. Vous les attrapez, les contredisez, les transformez ou les laissez tomber. Cela suffit. L’art n’exige rien de plus.

Essayons donc d’oser nous tromper. D’échouer avec élégance. De nous égarer avec style.

Merci pour votre disponibilité à être troublés avec intelligence, attention et solidarité, sans faux-semblants.
Un grand merci à toutes celles et ceux qui nous accompagnent avec courage sur ce chemin.

Courage 2026

Avec une respectueuse irrévérence face à tant de violence,
et un froncement de sourcils rieur depuis la salle des machines de l’imaginaire,

Elia Rediger
Metteur en scène en agitation féconde
& équipe INT INT IRRIT

Foto HEALING HATE – Oper Leipzig November 2025 © Foto Iona Dutz

Foto Caravan of LUV – archive 2026, Vienna 2025. – Wiener Festwochen

Foto Caravan of LUV – Wiener Festwochen – © Ines Bacher

Foto Caravan of LUV – HEALING PRAGUE – © JanHromadko – National Theater Praha

Notre messe des douteurs OH FAITH (OH GLAUBE DOCH) sera créée le 27 mars à la Residenz du Schauspielhaus Leipzig. D’autres représentations et tournées suivront.

Caravan of LUV poursuivra sa tournée dans des théâtres et festivals au cours de la saison 2026/2027.

Avec de futurs projets tels que Village People (2027), nous préparons le jumelage de deux villages situés entre la Haute-Lusace et le Katanga.

Pour nos prochaines créations d’opéra, de concert, de théâtre et de festival, ainsi que pour des formats sur mesure, nous serions ravis de convenir d’un rendez-vous avec notre jeune équipe iii. Nous nous réjouissons de votre message.

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